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Le grand entretien

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Laurent Prévost : « Grâce à ses atouts, le département doit regarder l’avenir avec confiance »

Laurent Prévost est préfet de la Haute-Marne depuis six mois. Dans les jours qui ont suivi son arrivée à Chaumont, le nouveau représentant de l’Etat dans le département s’est lancé dans la découverte des divers aspects de l’économie locale. Dans cet entretien, il nous livre notamment ses premières impressions.

Depuis votre prise de fonctions en juillet, vous avez pris le pouls de l’économie du département. Que pouvezvous en dire ?
Si l’on excepte la présence de grands groupes nationaux voire même internationaux, j’ai été frappé par l’existence de nombreuses entreprises familiales dont l’histoire est étroitement liée avec celle de ce territoire et qui possèdent sur place leur centre de décision. Elles témoignent souvent d’une grande créativité, d’un riche savoir-faire. Ces PME ne sont pas toujours connues en dehors du département, d’autant que leurs dirigeants cultivent une certaine modestie. Il faut parfois partir à la recherche de pépites bien réelles car la Haute-Marne compte un certain nombre d’entreprises très en pointe, parfois leader sur leur marché. Des échanges que j’ai eus avec ces dirigeants qui sont très impliqués dans la gestion de leur entreprise et dans la vie locale, il en ressort un sentiment de pérennité. La force de l’économie départementale découle à la fois de ce tissu de PME et du degré d’excellence atteint dans certains secteurs comme la fonderie, la plasturgie… Voici des atouts qui doivent permettre à ce département de regarder l’avenir avec confiance, de passer la crise et de rebondir ensuite.

Le comité de suivi de l’économie se réunit régulièrement. Quelle est sa perception de la situation actuelle ?
Ce comité se réunit à peu près mensuellement afin de suivre la mise en oeuvre des mesures gouvernementales. Il existe également le comité des chefs de services financiers et le médiateur du crédit qui sont mobilisés en permanence. On constate aujourd’hui que, d’une façon générale, la situation ne se dégrade globalement plus. On note aussi un regain d’activité dans certains secteurs mais la situation de l’emploi qui s’améliore depuis trois mois, avec une augmentation des offres : 4 à 500 offres journalières en stock à Pôle emploi au début de l’année contre 600 aujourd’hui a de nouveau connu un mois d’octobre difficile. Le nombre d’heures de chômage partiel consommé reste faible.Cependant, tout le monde reste prudent et le dit. On ne sait pas très bien si on est en face d’un rebond technique ou bien d’un mouvement de reprise durable. L’information des entreprises est primordiale en cette période. Les sociétés les plus importantes y ont facilement accès. Ce n’est pas forcément le cas pour les plus petites. D’où l’importance des relais d’information que sont les services de l’Etat et les chambres consulaires. Nous veillons à ce que les entrepreneurs ne viennent pas solliciter trop tard les dispositifs d’appui.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux chefs d’entreprise ?
L’Etat est, je le rappelle, davantage un facilitateur qu’un développeur direct. Ses services doivent être mis en ordre de bataille en présence de projets de développement économique. Je dois veiller d’une part à ce que les choses se passent de manière fluide pour l’instruction des dossiers, d’autre part à ce que les différents services de l’administration rendent des avis cohérents et convergents.

Quels sont les principaux dossiers sur lesquels vous travaillez aujourd’hui ?
Le parc naturel national est un des grands dossiers du moment. Il est complexe car il engage beaucoup d’acteurs de deux départements. Force est de constater que les Haut- Marnais sont très motivés. A nous de savoir capitaliser sur ce dossier, en matière de tourisme par exemple. Autre sujet majeur, le laboratoire de Bure. Nous ne sommes peut-être pas allés au bout de la logique de l’accompagnement économique lié à la présence du laboratoire et à l’implication des “grands” du nucléaire (CEA, Areva, EDF). Comment faire en sorte que les entreprises locales en profitent davantage, c’est notre tâche. On peut avancer sur la question, je le crois sincèrement. Enfin, plus généralement nous appuyons toutes les démarches collectives qui permettent de dépasser le morcellement du tissu économique de la Haute-Marne.

L’enseignement supérieur et la formation sont des éléments majeurs du développement local. Avez-vous des pistes de travail à ce sujet ? Quelles sont-elles ?
Il existe une attente forte chez les acteurs locaux car leur volonté est de retenir ici les jeunes Haut-Marnais. Nous devons imaginer des filières qui puissent se développer parce qu’elles s’appuient sur des secteurs forts de l’économie locale. Je pense à celle du graphisme, à Chaumont, qui peut être diversifiée et complétée. Autre exemple, celui de Nogent où le pôle technologique et l’université sont en mesure d’offrir aux étudiants une vraie plusvalue dans leur cursus. A Saint-Dizier où a été ouvert un bac pro ayant trait à l’industrie nucléaire, on se rend compte que le tour de la question n’a pas encore été fait lorsqu’on en parle avec les chefs d’entreprise. Plus que jamais, il est nécessaire de pouvoir identifier les secteurs de l’économie qui permettraient d’avoir des filières de formation locales. Encore faut-il faire la preuve que ces secteurs ont des besoins en main d’oeuvre.

 

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